Le monde de la télévision, en constante évolution, nous a offert une multitude de pépites au cours du 21e siècle. Mais comment déterminer lesquelles sont véritablement les « meilleures » ? Cette question, éternellement subjective, a récemment été mise en lumière par le prestigieux New York Times. Le quotidien américain a en effet publié non pas une, mais deux listes des 100 meilleures séries télévisées du 21e siècle, offrant ainsi une comparaison fascinante entre les goûts des professionnels de l’industrie et ceux du grand public.
La première liste, dévoilée en septembre, est le fruit d’un vaste sondage auprès d’acteurs, de showrunners, de créateurs, de dirigeants et d’artisans œuvrant dans le milieu de la télévision. C’est l’avis des « experts », ceux qui fabriquent la magie du petit écran. Peu de temps après, le Times a publié une seconde liste, établie cette fois-ci par plus de 100 000 lecteurs, offrant la perspective des « fans », du public passionné qui dévore les épisodes avec assiduité. Si la notion de « meilleur » reste ouverte à l’interprétation, les différences et similitudes entre ces deux classements offrent un éclairage précieux sur ce qui captive les uns et les autres. Qui de la critique ou du public détient la vérité ? Plongeons dans cette analyse comparative pour le découvrir et explorer les facettes de la télévision moderne.
Les Grands Accords : L’Harmonie au Sommet des Classements
Malgré les divergences notables qui apparaissent plus bas dans les classements, les dix premières places des deux listes affichent une convergence surprenante. Les professionnels et les fans semblent s’accorder sur les œuvres qui dominent incontestablement le paysage télévisuel de ce siècle. C’est un signe que certains chefs-d’œuvre transcende les clivages et s’imposent par leur qualité intrinsèque, leur innovation et leur impact durable sur la culture populaire et critique.
Voici le Top 10 des séries selon les professionnels de la télévision, qui privilégient souvent l’écriture complexe et l’innovation narrative :
- Breaking Bad
- The Wire
- Mad Men
- Succession
- Fleabag
- Game of Thrones
- Veep
- 30 Rock
- Curb Your Enthusiasm
- Atlanta
Et voici le Top 10 plébiscité par les fans, qui valorisent l’émotion, l’accessibilité et la capacité d’une série à créer un lien fort avec son audience :
- Breaking Bad
- The Wire
- Mad Men
- Succession
- Game of Thrones
- Better Call Saul
- The Office (US)
- Fleabag
- Arrested Development
- Ted Lasso
Il est frappant de constater que des séries comme Breaking Bad, The Wire, Mad Men, Succession et Game of Thrones figurent dans les deux palmarès. Ces dramas de prestige, salués pour leur écriture complexe, leurs personnages nuancés, leur réalisation cinématographique et leur impact culturel indéniable, représentent le summum de la télévision contemporaine. Elles ont redéfini les standards du médium, prouvant qu’il pouvait rivaliser avec le cinéma en termes d’ambition et de profondeur narrative. Fleabag, la comédie dramatique britannique acclamée, parvient également à s’immiscer dans les deux Top 10, témoignant de son statut de phénomène culturel et de son écriture acérée qui plaît autant aux critiques qu’au grand public par sa singularité.
Prenons l’exemple emblématique de Breaking Bad, qui trône fièrement en première position sur les deux listes. Diffusée de 2008 à 2013 sur AMC, sous la houlette du showrunner Vince Gilligan, cette série a marqué les esprits par sa transformation glaçante de Walter White (Bryan Cranston) en baron de la drogue. Le jeu magistral de Cranston et d’Aaron Paul (Jesse Pinkman), la tension narrative insoutenable, la direction artistique impeccable et la portée philosophique de l’œuvre en ont fait un incontournable absolu du 21e siècle, étudié dans les universités et vénéré par les spectateurs.
L’Humour en Question : Quand les Fans Préfèrent Rire de Bon Cœur
Si les grands dramas occupent le haut du pavé, une divergence notable apparaît lorsqu’il s’agit d’humour. Les fans semblent accorder une place bien plus importante aux comédies grand public et aux sitcoms que les professionnels. Alors que des séries satiriques comme Veep et 30 Rock sont appréciées par les experts pour leur écriture intelligente et leur critique sociale acerbe, le public plébiscite un éventail plus large de productions humoristiques, souvent plus légères, réconfortantes et propices au visionnage répété.
Des sitcoms cultes et très populaires telles que The Office (US), Arrested Development, Ted Lasso, Parks and Recreation, Schitt’s Creek, The Good Place, Community, Hacks, Modern Family et It’s Always Sunny in Philadelphia sont toutes mieux classées sur la liste des fans que sur celle des professionnels. Mieux encore, les fans incluent dans leur sélection de nombreuses comédies que les experts ont carrément ignorées, notamment Derry Girls, Shrinking, The Big Bang Theory, New Girl, Brooklyn Nine-Nine, Abbott Elementary, Scrubs et Bob’s Burgers. Cette distinction suggère que le public cherche souvent dans la comédie une évasion, un réconfort, une source de rire partagé et une identification à des personnages attachants, plus que l’exploration de nouvelles formes narratives ou une subversion des codes du genre.
Certes, les professionnels n’ont pas totalement boudé le genre, incluant des titres comme Eastbound & Down, Louis, The Comeback, Key & Peele, Peep Show et Chappelle’s Show. Ces choix révèlent souvent une préférence pour un humour plus corrosif, expérimental, satirique ou ancré dans une démarche d’auteur singulière. Cependant, la tendance globale est claire : les fans de télévision apprécient la légèreté et la puissance rassembleuse du rire mainstream plus que les critiques, qui recherchent peut-être plus de profondeur, d’originalité ou de commentaire social dans la comédie.
Prenons l’exemple de The Office (US), une série qui a débuté en 2005 et s’est achevée en 2013 sur NBC. Avec Greg Daniels à la tête de la production, et un casting mémorable incluant Steve Carell (Michael Scott), Rainn Wilson (Dwight Schrute), John Krasinski (Jim Halpert) et Jenna Fischer (Pam Beesly), cette sitcom a su créer un univers de bureau hilarant et touchant, forgeant un lien émotionnel fort avec ses spectateurs qui la revisitent encore et toujours, en faisant un classique indémodable du 21e siècle.
Les Choix Éclairés des Professionnels : Entre Obscurité et Avant-Garde
L’exploration des séries figurant uniquement sur la liste des professionnels révèle une facette intéressante de leurs préférences : une inclinaison vers des œuvres peut-être moins grand public, mais souvent saluées pour leur audace artistique, leur originalité ou leur profondeur thématique. Ces choix donnent parfois à la liste une qualité « branchée » ou « intellectuelle », mais abritent aussi des perles méconnues du grand public qui méritent une attention particulière.
Parmi les séries figurant uniquement chez les professionnels, on trouve (du mieux classé au moins bien classé) : I May Destroy You, The Comeback, Key & Peele, Enlightened, Happy Valley, The Bureau, Chappelle’s Show, PEN15, Peep Show, The Thick of It, Anthony Bourdain: Parts Unknown, Anthony Bourdain: No Reservations, The Shield, Beef (Saison 1), Squid Game, How To With John Wilson, Better Things, Planet Earth, Baby Reindeer, Eastbound & Down, Catastrophe, The Night Of, Halt and Catch Fire, The OA, Scandal.
Plusieurs de ces titres, comme The Comeback, Enlightened ou The Bureau (Le Bureau des Légendes), sont des dramas ou des comédies plus nuancées, qui ne cherchent pas l’audience massive mais l’excellence narrative, le développement de personnages complexes et l’exploration de thèmes matures. La présence du Bureau des Légendes, série d’espionnage française acclamée mondialement, démontre l’ouverture des professionnels à la production internationale de haute qualité et à des récits qui résonnent au-delà des frontières. Ces sélections, souvent avant-gardistes ou thématiquement exigeantes, peuvent devenir les prochaines découvertes du public averti en quête de séries qui sortent de l’ordinaire.
De manière plus surprenante, les professionnels semblent aussi accorder plus d’importance au contenu de type « réalité » ou documentaire. L’inclusion de multiples émissions animées par Anthony Bourdain (Parts Unknown, No Reservations), de la majestueuse série documentaire animalière Planet Earth, et de la docu-série décalée How To With John Wilson, suggère une appréciation pour des formats qui brouillent les lignes entre l’information, le divertissement et l’exploration culturelle. C’est une reconnaissance de l’art du documentaire et de son impact sur la télévision moderne, un genre qui a su se réinventer pour offrir des récits captivants.
I May Destroy You, sortie en 2020 et portée par la brillante Michaela Coel (également au casting), en est un parfait exemple. Cette série britannique percutante, qui explore les thèmes du consentement, du traumatisme et de la résilience avec une rare authenticité et une structure narrative audacieuse, est un choix révélateur de la recherche de récits profonds et socialement pertinents par les professionnels, quitte à être dérangeants.
La Voix du Public : Accessibilité et Impact Culturel Incontestable
La liste des séries exclusives aux fans est, sans surprise, bien plus ancrée dans le paysage télévisuel populaire et accessible. Ce sont des séries qui ont marqué des générations, créé des fandoms dévoués et généré un immense impact culturel, même si elles n’ont pas toujours reçu l’estampille « chef-d’œuvre » de la critique la plus élitiste. Elles témoignent de la force du lien émotionnel que le public tisse avec les personnages et les univers.
Parmi les titres chers aux fans et absents de la liste des pros, on retrouve : Avatar: The Last Airbender, Derry Girls, Shrinking, Sherlock, Dark, The Big Bang Theory, New Girl, Brooklyn Nine-Nine, Widow’s Bay, Grey’s Anatomy, How I Met Your Mother, The Marvelous Mrs. Maisel, Pluribus, Mindhunter, Heated Rivalry, Abbott Elementary, Fargo (Saison 1), Mr. Robot, Scrubs, Broadchurch, The Walking Dead, Big Little Lies, The Expanse, This Is Us, Bob’s Burgers.
Ces œuvres sont généralement mieux connues et plus largement diffusées, ce qui est logique : une liste établie par le grand public reflète ce que le public a vu, aimé et surtout re-visionné. Il est difficile d’imaginer des phénomènes comme The Walking Dead ou The Big Bang Theory absents d’un classement populaire, tant ils ont défini des époques pour des millions de téléspectateurs, créant des communautés en ligne actives et passionnées. La satisfaction de voir des séries fantastiques comme Mindhunter, The Expanse et Dark obtenir la reconnaissance des fans est également palpable, prouvant qu’il existe un public averti pour des récits plus sombres et complexes en dehors du cercle critique pur et dur.
La présence de nombreuses séries en cours de diffusion, telles que Pluribus, Widow’s Bay et Shrinking, est également révélatrice. Le téléspectateur lambda vit au rythme de l’actualité télévisuelle, appréciant les nouveautés et les continuations de ses histoires préférées. C’est un signe que la liste des fans est plus dynamique et tournée vers le présent, reflétant une consommation plus immédiate des contenus.
Shrinking, lancée le 27 janvier 2023 sur Apple TV+, avec Bill Lawrence aux commandes et un casting de luxe incluant Jason Segel (Jimmy) et Harrison Ford (Dr. Paul Rhodes), illustre cette appétence pour les séries récentes, capables de captiver rapidement un public grâce à des thèmes contemporains, une écriture pertinente et un casting de renom qui attire l’attention.
Les Oubliés Inattendus : Des Chefs-d’Œuvre Passés Sous Silence ?
Enfin, au-delà des désaccords entre professionnels et fans, il est fascinant de noter l’absence de certaines séries qui, par leur qualité intrinsèque, leur influence majeure ou leur base de fans passionnée, auraient pu prétendre à une place de choix dans l’un ou l’autre des classements. Ces omissions soulignent la difficulté de condenser la richesse du 21e siècle télévisuel en seulement 100 titres, une tâche ardue face à une production pléthorique et de grande qualité.
Parmi les grands absents, on peut citer : 24, Black Sails, The Boys, Firefly, Invincible, Rick and Morty, Rome, Silicon Valley, Spartacus, Vikings. Ces séries, qui couvrent des genres variés allant de l’action haletante à la science-fiction inventive, en passant par l’animation adulte déjantée et les drames historiques épiques, ont toutes laissé une empreinte significative. Leur absence est d’autant plus surprenante que beaucoup d’entre elles bénéficient d’une communauté de fans extrêmement fidèles et d’une influence culturelle indéniable sur la pop culture mondiale.
Plus frappant encore, aucune série d’animation japonaise (anime), pourtant mondialement plébiscitée, ne figure dans ces listes. Des phénomènes comme Death Note ou Attack on Titan, qui ont connu un succès retentissant à l’échelle planétaire et ont élargi l’audience de l’animation bien au-delà des cercles habituels, ont été complètement ignorés. De même, malgré la profusion de contenus produits ces dernières années, aucune des séries télévisées de l’univers Marvel n’a réussi à se frayer un chemin dans ces classements. Cela pourrait indiquer un certain biais du panel, ou une difficulté à évaluer l’animation et les adaptations de super-héros dans le même cadre que les drames et comédies plus « traditionnels » ou les productions de prestige.
Attack on Titan (L’Attaque des Titans), lancée en 2013 et ayant pris fin en 2022, avec un casting vocal exceptionnel (Matthew Mercer, Josh Grelle, Hiroshi Kamiya, Shiori Mikami), est un exemple flagrant de succès critique et commercial qui a échappé aux radars de ces classements, malgré son impact sismique sur la culture populaire mondiale et sa narration complexe souvent comparée aux meilleures séries dramatiques.
Cap sur le reste du 21e siècle : Un Débat Éternel
Cette confrontation des palmarès du New York Times nous rappelle que le concept de « meilleure série » est un kaléidoscope de préférences, d’expériences personnelles et de critères d’évaluation. Les professionnels recherchent l’innovation, l’audace et l’excellence formelle, souvent avec un regard plus distant et analytique, tandis que les fans valorisent l’accessibilité, l’émotion et l’impact culturel, privilégiant le plaisir pur et le sentiment d’appartenance à une histoire. L’équilibre entre ces deux perspectives est ce qui enrichit le débat et nous pousse à explorer de nouveaux horizons télévisuels.
Y a-t-il d’autres séries qui, selon vous, auraient mérité d’être représentées dans ces classements ? Des titres trop haut ou trop bas dans ces listes, à votre humble avis ? Le débat est ouvert et la conversation ne fait que commencer. D’ici 2050, où l’on prendra sans doute à nouveau le pouls de l’industrie télévisuelle pour un nouveau bilan, de nombreuses autres séries viendront s’ajouter à ce riche héritage, et peut-être redéfiniront-elles ce que signifie être « le meilleur » dans un paysage audiovisuel en perpétuelle mutation.

